La Désharceleuse

Un poème-essai sur le harcèlement de rue, l'occupation de l'espace urbain par les hommes pour les hommes... Le texte en .pdf ici, et ci-dessous en html.

Women of today are still being called upon to stretch across the gap of male ignorance and to educate men as to our existence and our needs. This is an old and primary tool of all oppressors to keep the oppressed occupied with the master's concerns.

Audrey Lorde …More

Je lis en toi comme dans un livre ouvert

C’est très étrange d’ailleurs : ce chemin, celui de la pluie, les graviers qui tombent sur elle, obliques, les feuilles roulées dans leur croissance, à dériver des lenteurs font des ombres de phasme sur le ciel. Les cheveux défaits d’une Perséphone qui court en remontant de terre et s’encouble dans les équinoxes. Et le chemin mène à une bibliothèque, mais ce n’est pas le chemin qui y mène, le chemin part et se rend dans la distance qui sépare le marcheur de son point de départ, comme si j’étais devenu vieux en l’espace d’une seule seconde. Éclats aveuglants, tranchants. Savait-on seulement dans quelle direction, vers quel livre, sur quel carrefour se logerait bientôt l’attention ? Non sans doute. C’est le printemps et on a tout oublié, pour grandir. Le seul souvenir (parce qu’il vient du bas, du ventre total en équilibre sur la terre) est ce visage et cette main qui se croisent sur l’oreille, comme pour entendre la mer. C’était une femme, presque une jeune fille, à en croire les formes ou l’haleine, à en sentir la dérive pénétrante, la blessure. Elle aurait eu l’opportunité de dire quelques mots peut-être, avec sa bouche en conque, ses yeux d’onnagata, et sa rime fière à la base du dos. Maintenant …More

Lettre à mon ami le coupeur de têtes

Hello amigo, comment vas-tu ?

Je viens de commencer un bouquin sur le hoarding, cette prétendue folie qui consiste à amasser, entasser, empiler chez soi toutes sortes de choses, et à vivre ainsi dans des appartements que ces possessions rétrécissent en couloirs exigus et labyrinthiques. C’est génial. Invraisemblable, mais ça fait tellement sens. Ah oui, peut-être que tu en as déjà entendu parler sous un autre nom, syllogomanie en français, ou si tu préfères la référence antique, le syndrome de Diogène. Et voilà qui te rappelle sans doute quelque chose…

Je vais donc accumuler quelques mots, les empiler dans un « certain ordre certain », parmi lequel je te souhaite de trouver encore quelques couloirs par où t’enfiler. Et tu vois j’ai opté plus haut pour le mot « possession » et déjà là je ne suis pas tout à fait sûr qu’il s’agisse de posséder, si ce n’est pas plutôt d’avoir autour de soi, comme une membrane, et comme des éléments dont on pourrait disposer, comme on disposerait d’un tonneau pour dormir, ou d’un grand roi, si tu vois à qui je fais allusion, pour s’asseoir à l’ombre en été.

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